Plan de relance européen: historique mais pas à la hauteur de la crise financière qui vient

Au terme d’âpres négociations entre les pays membres, le sommet européen a débouché sur un plan de relance inédit dans l’histoire de l’UE. Sous quelles conditions ces fonds seront-ils alloués aux États? S’agit-il d’une rupture ou d’une continuité dans l’intégration européenne? Éclairage avec l’économiste David Cayla.

750 milliards d’euros de dette commune pour aider les Vingt-Sept à affronter la récession majeure liée à la pandémie de coronavirus: c’est le résultat, au cinquième jour de négociations, du plus long Conseil européen depuis vingt ans. Des fonds qui seront empruntés par la Commission sur les marchés financiers et reversés aux États sous forme de subventions, à hauteur de 390 milliards d’euros, et de prêts pour 360 milliards.

Emmanuel Macron se réjouit d’un «jour historique pour l’Europe» et Pedro Sanchez, le chef du gouvernement espagnol, d’un «vrai plan Marshall». «C’est effectivement la première fois que l’UE va s’endetter en son nom propre pour des sommes aussi importantes», acquiesce l’économiste David Cayla, joint par Sputnik: «Une telle chose était auparavant impensable dans le cadre des traités européens».

Pour autant, le maître de conférences à l’université d’Angers juge que les montants «ne sont clairement pas à la hauteur. Les fonds seront débloqués sur une période de sept ans et sont très faibles par rapport à la gravité de la crise». Membre du collectif des Économistes atterrés, David Cayla rappelle néanmoins qu’«il s’agit d’un plan de complément, en plus de ce que fait chaque pays de son côté. L’Allemagne a par exemple un plan très ambitieux, mais ce n’est pas le cas de tout le monde…»

​​Alors, rupture ou continuité dans l’histoire de l’UE? Si «cette européanisation de la gestion de la crise constitue bien une nouveauté, poursuit David Cayla, cela signifie que l’Union va devoir, d’une manière ou d’une autre, créer de nouvelles taxes pour avoir des ressources propres. Pas forcément un impôt européen qui concernerait les ménages, mais par exemple une taxe sur les transactions financières», précise l’enseignant-chercheur.

Cependant, «ces ressources propres n’existent pas pour l’instant, et il faut dire que c’est un peu particulier de vouloir dépenser avant de trouver les recettes !»

Co-auteur avec Coralie Delaume de 10+1 questions sur l’Union européenne (Michalon, 2019), l’économiste hétérodoxe note en revanche une continuité dans la logique de la construction européenne: «Pour recevoir ces fonds, les projets devront être validés par la Commission. Ce ne seront pas des “dons” aux pays membres, ils seront fléchés par Bruxelles. Les États devront donc respecter les règles budgétaires, appliquer les recommandations du Semestre européen. Cela va mener à un accroissement du contrôle des institutions européennes sur les politiques nationales».

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