Je pensais qu’il y aurait un krach cet été avec la reprise de la circulation du virus qui devait être perceptible à partir du 15 août et donc faire craindre de nouvelles perturbations économiques.

Logique.

A partir du 15 août comme c’était prévisible, le nombre de contaminations a significativement augmenté et les cours de bourses aussi.

Voilà qui est fichtrement intéressant comme cas de figure, et qui nécessite que l’on se penche dessus pour analyser le phénomène et tenter de comprendre ce qu’il s’est passé.

Les marchés ne regardent plus la pandémie, ils regardent… la FED !

Ce n’est pas franchement un scoop.

Depuis plus de 10 ans et la dernière crise, celle des subprimes de 2007/2008, les marchés ne regardent pas tant la réalité économique que les politiques des banques centrales qui viennent distordre la réalité économique jusqu’à la façonner comme on le souhaite et pas comme elle devrait être, et c’est là que tout devient très compliqué. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas essayer de comprendre et d’anticiper ou d’affiner notre compréhension. Tout processus d’apprentissage est itératif !

Or, cet été, la FED a cassé la baraque. Pas la tirelire parce que c’est déjà fait depuis bien longtemps mais en annonçant l’abandon de son objectif d’inflation, la FED a en réalité acté un changement majeur dans sa politique menée depuis… 1977 soit 43 ans ce qui n’est pas rien !

Dans les années 70, le monde économique était gangrené par une inflation endémique, forte et supérieure à 2 chiffres chaque année. En 1977, le Congrès américain avait demandé à la FED de lutter contre l’inflation et de réduire le chômage. Ce double objectif est devenu avec le temps l’alpha et l’oméga de la politique monétaire américaine. La Reserve Federale a donc toujours eu de mémoire de vivant ou presque, comme stratégie de contenir l’inflation sous les 2 % et de maintenir le niveau de l’emploi.

Cela a donné une politique de cycle de taux relativement compréhensible et prévisible. Dès que l’inflation commençait à monter parce que la dynamique économique était « trop » forte, la FED augmentait les taux… Dès que l’inflation rebaissait et le chômage remontait, la FED baissait à nouveau les taux.

Facile.

Simple.

Mais cet été, la FED, a indiqué que l’inflation n’était plus un objectif.

Il n’y a plus d’inflation.

Il n’y a plus de croissance économique.

Il n’y a plus non plus de plein emploi, mais un tsunami de nouveaux chômeurs.

En disant publiquement qu’il n’y a plus d’objectif pour contenir l’inflation, la FED indique officiellement, qu’il n’y aura plus jamais de hausse de taux dans ce monde monétaire !

Cela n’a pas fait les gros titres, mais aurait du !

C’est une information capitale.

Si l’on suit la logique de la FED, c’est argent à volonté pour tout le monde !

Cela implique logiquement une hausse de tous les actifs, l’or évidemment puisque cette politique va saccager la monnaie, mais aussi des actions, de l’immobilier, des terres agricoles, ou des forêts, bref, tout devrait augmenter, puisque plus personne ne cherchera à « contenir » l’inflation.

Peut-il y avoir un krach dans ces conditions ?

Et c’est là que les choses deviennent clairement ambiguës…

Oui il devrait quand même y avoir un krach, car les profits par exemple, eux, sont en baisse de 20 % de manière générale, et voir une valorisation en hausse de 30 % quand les profits baissent de 20 % ce n’est pas très cohérent. Ensuite, nous voyons bien que nous sommes confrontés à un second pic épidémique. Pour le moment la mortalité n’est pas similaire à celle de l’acte 1 ce qui est une excellente nouvelle. Pourtant quand les mois d’hiver vont arriver nous ne sommes pas à l’abri d’une mauvaise surprise et la dynamique de cette épidémie est pleine d’incertitudes. A ce problème sanitaire, s’ajoutent tous les autres que nous connaissons depuis des années, qu’ils soient environnementaux, géopolitiques, ou encore de modèle (la croissance infinie dans un monde fini) sans oublier… l’endettement des nations qui atteindra de nouveaux sommets en fin de cette année lorsque nous ferons les comptes.

D’un autre côté les Etats via les banques centrales injectent comme jamais, et via les déficits budgétaires font les premières tentatives de TMM, vous savez la Théorie économique moderne qui consiste à donner des sous à tout le monde ou presque !

En France, la prime de rentrée scolaire s’est élevée à 500 euros par enfant !

Résultat ?

Nous soutenons la consommation et les bénéfices des grandes multinationales au détriment des finances publiques.

Voilà la réalité.

Pour nos trois enfants, le coût de la rentrée est de 200 euros en fournitures scolaires. Pour les habits, entre le bon coin et les échanges entres les familles, c’est en réalité les chaussures qui coûtent le plus cher.

Cet argent supplémentaire donné à toutes ces familles, et nous parlons en gros d’un excédent de 1 000 euros pour une famille de 3 enfants, va venir alimenter les ventes d’écrans plats ou d’ordinateurs, ou encore d’achat de produits de marque qui font plaisir mais ne sont pas indispensables.

Il n’y a ici aucune critique de la manière dont les familles vont dépenser leurs primes de rentrée scolaire. Chacun fait bien ce qu’l veut et ce qu’il peut.

Ce que je dis simplement, c’est que vous avez là une expérimentation grandeur nature de la TMM et la TMM ce n’est pas vous faire plaisir même si c’est politiquement très populaire !

La TMM c’est vous donner de l’argent, pour que vous le consommiez et que l’on assure ainsi les bénéfices et les profits des grandes entreprises cotées.

Dit autrement, c’est l’argent public et les impôts que l’on vous prend qui sont utilisés pour renflouer les multinationales qui se portent mal !

Si les politiciens leurs faisaient un chèque vous seriez des millions dans la rue face à cette injustice.

Ils ont très bien compris, que mieux valait vous faire le chèque à vous… puisque le marketing, la publicité et la nécessité feront que vous irez leur rendre tout cet argent via vos achats… D’où le débat sur l’épargne des Français, qui ont mis beaucoup de côté pendant le confinement. Vos sous ne doivent pas rester dans vos poches, ils doivent être transférés vers celles des multinationales, et c’est là tout le métier et savoir-faire de nos dirigeants.

Alors si l’on donne à tous de l’argent pour acheter et faire augmenter les profits des multinationales, qu’elle est la limite de la hausse des cours de bourse ?

Et c’est ainsi que l’on peut passer en un clin d’œil d’un risque de krach, à la possibilité d’une hausse éternelle des marchés (et inversement) qui n’aura comme limite que la perte de confiance des individus dans la monnaie ce qui décale dans le temps les problèmes… pourtant inéluctables !

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu. Préparez-vous !

Charles SANNAT

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