L’économie française risque l’équivalent d’une “décennie perdue”

Tandis que le deuxième confinement continue d’affecter l’économie française, Jacques Sapir tâche d’en évaluer l’impact à long terme. Inquiet des effets délétères induits par le ralentissement de l’activité, l’économiste appelle à une politique d’investissement public massif pour pallier au manque d’investissement privé dans cette crise.

La seconde vague de l’épidémie de coronavirus, qui touche depuis la fin octobre une grande partie de l’Europe, ainsi que la décision prise par le gouvernement français de reconfiner le pays depuis le 30 octobre, auront des conséquences économiques importantes. Même si les règles de ce nouveau confinement sont moins strictes que celles du premier, l’impact en sera important.

Cet impact ne se limitera pas aux effets immédiats. Il se traduira par une forte montée de l’incertitude chez les ménages et les entreprises, une incertitude qui devrait perdurer tant que l’épidémie ne sera pas efficacement contrôlée. Cette incertitude affectera profondément la trajectoire de récupération de l’économie jusqu’en 2024.

La question de savoir comment ces conséquences économiques peuvent être appréhendées est complexe. Il faut donc ici préciser la nature de ces conséquences économiques. Nous avons tout d’abord les conséquences immédiates, qui découlent des mesures administratives concernant la fermeture d’activités économiques.

Des conséquences économiques variées dans le temps

Dans le cas de la France, ces mesures découlent du décret n° 2020-1310 du 29 octobre. Ce décret précise dans ses articles 37 à 41 les activités économiques et commerciales autorisées et interdites. Ainsi, près de 200.000 commerces considérés comme «non-essentiels» sont fermés par ce décret. Les conséquences immédiates sont donc facilement mesurables, et elles sont proportionnelles à la durée du confinement.

Mais ces conséquences immédiates n’épuisent pas la question. Il existe également des conséquences indirectes, qui découlent des effets induits pas l’épidémie. Ainsi, quand une entreprise est autorisée à travailler mais que son activité est durablement affectée par la mise en œuvre des protocoles sanitaires, ou que son activité est compromise parce que celle de ses sous-traitants est touchée ou rendue impossible par l’épidémie, on est en présence de conséquences indirectes.

Jacques Sapir et Clément Ollivier reçoivent David Cayla, membre des Économistes atterrés et maître de conférences à l’université d’Angers, auteur de Populisme et néolibéralisme: il est urgent de tout repenser (De Boeck Supérieur, 2020).

Il y a enfin les conséquences induites par le confinement. Ces dernières englobent alors les effets de l’incertitude liée à l’évolution de l’épidémie qui pèse sur les entreprises et les ménages. Ces effets incluent l’impact de la restructuration de la consommation du fait des pertes de revenu induites par le confinement, les effets liés à des situations irréversibles provoquées par le confinement (faillites d’entreprises), les pertes cumulatives dans le secteur éducatif, et enfin l’impact de la désorganisation générale de la société induit par cette épidémie.

Alors que les conséquences directes et indirectes du confinement étaient estimées par le FMI à 9,8% du PIB de 2019, l’ensemble des pertes jusqu’en 2022 était supposé se monter à 14,4%. Cela indique que les pertes induites pourraient représenter jusqu’à 47% des pertes directes et indirectes.

Un deuxième confinement alors que les effets du premier n’ont pas encore été surmontés

M. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, a déclaré le 30 octobre qu’à la suite du premier confinement et dans le cadre des effets du second, l’économie française connaitrait un recul de son PIB de 11%. Dans les premiers jours de septembre, sous l’effet d’une reprise relativement forte de l’activité dès le mois de juin, il estimait ce recul à 9%.

Pourtant, dès la fin du mois d’octobre, et se fondant sur les chiffres de septembre 2020, l’Insee avertissait que la reprise serait nettement moins dynamique que les chiffres observés immédiatement après la fin du premier confinement. Plusieurs indicateur montraient cependant que l’activité économique, après le redémarrage des mois de juin et juillet, montrait les signes d’un ralentissement. Ce ralentissement ne faisait que traduire l’impact progressif des conséquences induites du premier confinement.

Le ralentissement concernait cependant essentiellement le secteur des services. En octobre, le solde d’opinion relatif aux perspectives générales d’activité du secteur baissait de nouveau et restait donc largement en-dessous de son niveau moyen. Les chefs d’entreprise étaient bien plus pessimistes que le mois précédent sur leurs propres perspectives pour les trois mois suivants, les soldes sur l’activité prévue et la demande prévue chutant et s’éloignant encore de leur moyenne.

Ces mêmes chefs d’entreprises signalaient dans l’enquête réalisée par l’Insee que les anticipations sur la demande baissaient. Ceci confirmait que le rebond après le premier confinement était déjà en train de s’essouffler, pour des raisons diverses mais qui peuvent globalement être rangées dans la catégorie des conséquences induites du confinement.

Cette situation générale rendait déjà, au début du mois d’octobre, les prévisions officielles peu crédibles. Les prévisions du FMI, toujours en octobre, traduisaient cette inquiétude que l’on pouvait avoir sur le rythme du retour à la normale. On pouvait s’attendre à ce que le quatrième trimestre soit au mieux décevant. C’est donc dans ce contexte qu’est survenu le deuxième confinement, imposé par la très forte recrudescence de l’épidémie de Covid-19.

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