La Chine a annoncé la mise en place d’un yuan numérique. C’est un jalon d’étape du « Great Reset » mondial – la remise à zéro des compteurs de dette – que le gouvernement chinois entend bien dominer. Les cybermonnaies pilotées par les gouvernements sont un pas de plus sur la route de la servitude pour les citoyens qui y seront soumis.

The Wall Street Journal a publié un article sur la mise en place du yuan numérique qui a déjà commencé en Chine.

Bien connaître les tenants et aboutissants de cette opération est essentiel pour la sauvegarde de vos libertés fondamentales et de votre patrimoine.

Comme l’écrit The Wall Street Journal, une monnaie numérique de banque centrale permet de tracer les dépenses de tous ceux qui dépensent et achètent dans cette monnaie en temps réel ; dans le cas de la Chine, c’est aussi un pas supplémentaire vers la « dédollarisation ».

La monnaie numérique d’État et le contrôle total du citoyen

Que permet de faire une monnaie numérique par rapport à la monnaie que nous connaissons déjà ? Au premier regard, vous pourriez penser que cela ne change pas grand-chose puisque la plupart de nos paiements sont déjà dématérialisés. Lorsque vous payez avec une carte de débit ou de crédit, lorsque vous faites un virement, lorsque vous acceptez un prélèvement d’un fournisseur, de la monnaie immatérielle se déplace. Alors, où est le risque ?

Dans tous les mouvements d’argent de notre vie, il y a un passage obligé par une banque commerciale. Une banque est une institution en principe privée et opérant dans un environnement concurrentiel. Toutefois, aujourd’hui la plupart des banques européennes ont été dans les faits nationalisées après leur sauvetage lors de la crise financière de 2008. Sans les facilités toujours accordées par la Banque centrale européenne, elles ne survivraient pas.

Les banques sont de plus soumises à des contrôles très stricts de la part de leur autorité de tutelle et se sont transformées en « indics », sommées de rapporter tout mouvement suspect de leurs clients. En France, les banques sont obligées d’alerter l’administration Tracfin (Traitement du Renseignement et action contre les Circuits FINanciers clandestins). Rien qu’un changement d’habitude de votre part peut être qualifié de suspect. Il va sans dire que les dépôts ou retraits d’espèces inhabituels ou injustifiés sont regardés comme une opération de blanchiment. Ne tournons pas autour du pot : les espèces sont le paradis fiscal des gens modestes qui n’ont pas les ressources de grands groupes dotés d’une armada de juristes, fiscalistes et avocats capables de rentabiliser des montages sophistiqués pour optimiser leur fiscalité. Avec une pression fiscale grandissante et les menaces sur l’épargne, la tentation d’esquiver l’impôt augmente. C’est pourquoi l’administration déteste le troc, les réseaux d’échange, les espèces, les transactions entre particuliers, bref tout ce qu’elle ignore et ne peut donc pas taxer.

Pour résumer, jusqu’à présent, les banques centrales contrôlent la masse monétaire primaire (espèces) et la quantité de crédit au travers de banques commerciales. Par crédit, comprenez vos dépôts (qui sont un crédit que vous faites à votre banque) et les prêts octroyés par les banques commerciales (qui deviennent des dépôts dans d’autres banques). Par exemple, si vous achetez un bien immobilier en empruntant, le montant de la vente va venir créditer le compte du vendeur. Mais la banque qui vous a prêté n’a pas vraiment sorti d’argent de sa propre poche (moins de 10% à 20% en pratique).

Avec une monnaie numérique, les banques centrales contrôlent directement toute la monnaie. L’administration de la monnaie et du crédit devient dès lors totalement centralisée. Les cinq conséquences sont les suivantes :

  • Traçabilité de toutes les transactions et de tous les mouvements
  • Disparition des espèces à terme
  • Totale liberté de création monétaire de la part des autorités en fonction de critères arbitraires. Le projet chinois évoque même la monnaie dite « fondante », qui aurait une date limite de consommation pour pousser les gens à la dépense en cas de nécessité de relance par la co,sommation
  • Disparition de toute concurrence monétaire possible dans une zone monétaire donnée
  • Recouvrement direct des impôts et amendes
  • Pouvoir fiscal autoritaire augmenté, la Chine pratiquant déjà un système de note de « crédit social ». On peut imaginer que quelqu’un bénéficiant d’une bonne note se verrait gratifier de yuans et inversement, que quelqu’un qui déplairait au régime verrait ses avoirs gelés

Peut-être vous dites-vous « et alors, je suis un honnête citoyen, je n’ai rien à cacher à l’administration fiscale… ». Ce serait comme si face à la censure vous disiez : « bof, pas grave, je n’ai rien à dire » ? Le gouvernement et l’administration passent aujourd’hui pour gentils et bienveillants. Mais demain ? Où est le consentement à l’impôt, caractéristique au cœur des démocraties ?

Considérez seulement que la monnaie numérique permet à tout moment à un fonctionnaire « habilité » de couper quelqu’un de son argent. N’avez-vous jamais été confronté à une erreur administrative ? Celle-ci a-t-elle été instantanément corrigée ?

Centralisation et monopole devraient toujours faire sonner une alarme dans le cerveau de ceux qui placent la liberté, la responsabilité et l’autonomie en tête de leurs valeurs.

La Chine est sous la coupe d’un régime communiste autoritaire à parti unique. Les libertés fondamentales ne sont pas la préoccupation première du gouvernement. L’enrichissement est toléré tant qu’il ne déplait pas au parti, comme l’a encore récemment expérimenté Jack Ma, le fondateur d’AliBaba et d’AliPay. Même si la population la rejetait, la monnaie totalement numérique passera en force. Car l’enjeu du cyber-yuan est aussi international.

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