La reprise de l’activité sera lente et modérément verte

Le 8 juin, à New York, le Nasdaq, marché sur lequel s’échangent notamment les actions des sociétés du secteur de la haute technologie, a battu son précédent record, qui datait du 19 février, à la veille du grand plongeon qui a emporté toutes les places boursières du monde. Comme si la crise économique provoquée par le nouveau coronavirus et les mesures de confinement étaient terminées!

Pourtant, le même jour, la Banque mondiale publiait ses prévisions pour l’ensemble de l’année et celles-ci n’étaient pas joyeuses: cette récession, la plus sévère qui ait été enregistrée depuis la Seconde Guerre mondiale, serait marquée par un recul du PIB mondial de 5,2%.

À cette occasion, les économistes de l’institution financière internationale ont fait une étude historique tout à fait intéressante: il en ressort que depuis 1870, on a enregistré quatorze récessions mondiales, soit en gros une tous les dix ans, sauf pendant les années 1950 et 1960, qui se révèlent avoir été une heureuse parenthèse. Parmi ces quatorze récessions, celle que nous connaissons actuellement se classerait au quatrième rang par sa sévérité, juste après celles de 1914, 1930-1932 et 1945-1946. Et la Banque mondiale annonçait un repli de 6,1% du PIB des États-Unis cette année.

De record en record

Mais il en aurait fallu plus pour émouvoir les marchés américains. Le lendemain, le Nasdaq a encore établi un record, malgré la mauvaise nouvelle du jour: l’OCDE a annoncé une hausse très rapide du taux de chômage dans les trente-sept pays membres de l’organisation, passé de 5,5% en mars à 8,4% en avril. Auparavant à 55 millions, le nombre de chômeurs et de chômeuses s’est accru de 18,4 millions et cette hausse est due pour l’essentiel à celle de 15,9 millions aux États-Unis. Mais là encore, il n’y avait pas de quoi effrayer les investisseurs new-yorkais: avril, c’est le passé; quand on investit en Bourse, c’est bien connu, on regarde devant soi, pas dans le rétroviseur.

Justement, à propos de l’avenir proche, l’OCDE a publié mercredi 10 juin ses prévisions pour l’ensemble de l’année et pour 2021. Elles sont encore plus inquiétantes que celles de la Banque mondiale. L’OCDE a établi deux scénarios: l’un, que l’on pourrait qualifier de favorable, selon lequel le monde sortirait doucement de la pandémie; l’autre, plus désagréable, comporte une deuxième vague de contagion et de nouvelles mesures de confinement.

Dans le premier cas, l’économie mondiale reculerait de 6% cette année, dans le second elle chuterait de 7,6%. Pour les États-Unis, le recul serait, selon le cas, de 7,3% ou de 8,5%. Mais les investisseurs ne se sont pas inquiétés pour si peu: de toute façon, ils avaient fait le choix du scénario d’une reprise rapide, sans deuxième vague de Covid-19, et avaient déjà le regard fixé sur 2021. Alors ce que pouvait raconter l’OCDE sur 2020 et ses incertitudes ne les intéressait guère: ce mercredi 10, le Nasdaq a établi son troisième record consécutif.

La Réserve fédérale fâche Donald Trump

Jeudi 11 juin, changement de décor. Cette fois, c’est du sérieux: les dirigeant·es de la Réserve fédérale (la banque centrale des États-Unis) se sont réuni·es pendant deux jours pour affiner leurs prévisions économiques et en tirer les conséquences en matière de politique monétaire. Le discours tenu par leur président Jerome Powell est jugé très négatif: «le rythme de la reprise reste extraordinairement incertain» et il dépend de la façon dont sera gérée l’épidémie.

Les prévisions de la Réserve fédérale ne sont pas les plus sombres, mais, après un recul de 6,5% en 2020, le PIB ne regagnerait que 5% en 2021, ce qui signifie que la richesse produite aux États-Unis serait encore inférieure au début de 2022 à celle de la fin de 2019. Et le chômage ne diminuerait que lentement: il s’établirait encore à 9,3% de la population active au quatrième trimestre de cette année. Que propose Jerome Powell pour redonner du tonus à l’économie? Rien de nouveau, sinon de continuer la politique monétaire très accommodante menée actuellement.

Là, c’est la douche froide. Le réveil est brutal. Donald Trump s’en étrangle et saute sur Twitter:

«La Réserve fédérale se trompe si souvent. […] Nous aurons un très bon troisième trimestre, un excellent quatrième trimestre et l’une de nos meilleures années en 2021.» Mais rien n’y fait: le Nasdaq plonge de 5,27%, le Dow Jones de 6,90% et la Bourse américaine entraîne avec elle tous les marchés boursiers du monde.

Pourtant, dans toutes ces informations, il n’y a rien de nouveau. Toutes les personnes qui suivent de près l’actualité économique savent que la reprise ne peut être que progressive car le virus circule encore, certaines activités comme celles liées au tourisme et au transport aérien ne reprennent que très lentement, les contraintes imposées par les mesures sanitaires freinent la production et la crainte de nouvelles mesures de confinement pèse sur le comportement des entreprises qui hésiteront à investir et à embaucher tant qu’il n’y aura pas de traitement véritablement efficace et de vaccin contre le Covid-19. Malheureusement, les deux scénarios de l’OCDE sont les plus probables.

Une relance écologique?

Il reste à savoir comment se fera cette croissance. La CFDT présente un «plan de relance sociale et écologique» et elle a raison. Dans cette période difficile, une organisation syndicale se doit d’être vigilante car il est clair que ce sont les travailleurs et travailleuses les plus précaires, ainsi que les jeunes qui arrivent sur le marché du travail, qui sont les plus exposé·es. Les chiffres de l’Insee sont éloquents: plus de 500.000 emplois perdus au premier trimestre, soit un recul de 2% pour l’ensemble de l’emploi salarié… et de 40,4% pour l’emploi intérimaire. Mais il ne faut pas se faire d’illusions: la relance ne sera pas sociale, elle ne pourra que limiter les dégâts en ce domaine, et elle ne sera que modestement écologique.

Cette dernière affirmation peut sembler étonnante alors que la prise de conscience des problèmes environnementaux est de plus en plus manifeste dans la classe dirigeante, politique comme économique. De plus en plus nombreuses sont les sociétés de gestion qui proposent aux investisseurs de placer leurs capitaux dans des entreprises réellement engagées dans la transition énergétique. Les critiques de la finance ont certes de bonnes raisons de se méfier, mais il y a là tout de même un point positif.

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